Portrait de Michel, diacre aumônier

Michel Rabier, diacre, aumônier diocésain des gens du Voyage.


Quelle est la mission qui t’est confiée ?


La pastorale des gens du voyage
Après mon ordination le 23 avril 2006, le P. Bernard Tordi, prêtre de la paroisse à cette époque, m’a proposé de venir l’aider pour la préparation à la confirmation de quelques «gens du voyage » de la paroisse, j’ai accepté. Depuis je ne les ai plus quittés et je les accompagne, avec l’aide d’une personne : actuellement Catherine Buisson, pour la préparation des cérémonies des baptêmes, communion, confirmation jeunes et adultes, quelques mariages et funérailles. Je participe aux pèlerinages (Ars, Valfleury… )
Au début de ma vie professionnelle, avec Colette mon épouse, nous avons vécu en caravane partageant la vie des voyageurs. Nous étions aussi des voyageurs, allant de chantier en chantier en France et à l’étranger, c’est peut-être grâce à cette expérience que j’aime leur vie de nomade et que je me sens à l’aise avec eux.


Depuis quand ?


Je suis aumônier diocésain depuis septembre 2020. Mais je suis aumônier des voyageurs dans notre paroisse depuis mon ordination. La paroisse rassemble 350-400 chrétiens répartis dans les 10 communes de Saint François en Forez.
Pour les gens du voyage je suis le « Rachaille », un gadjo, nous sommes tous des gadji, c’est-à-dire n’appartenant pas à la communauté des gens du voyage.
En quoi consiste ta lettre de mission ?
C’est une délégation officielle de notre Evêque auprès des gens du voyage du diocèse. Les diacres sont souvent envoyés en périphérie de l’Eglise. J’aime bien cette définition du diaconat : « mettre les gens qui sont dehors, dedans, et ceux qui sont dedans, dehors… ». Ce n’est pas toujours très simple.
Qui sont ces gens du voyage ?
Les « voyageurs » sont issus de différentes ethnies venant au Xe siècle de l’Inde et immigrées principalement dans l’est de l’Europe ou de l’Espagne puis dans nos régions.
Ils se sédentarisent de plus en plus sur des terrains où ils laissent leur caravane et vivent dans des maisons qu’ils construisent eux même ou construites par des sociétés ou des communes comme à Saint Marcellin en Forez ou à Sury-le-Comtal.
La famille des gitans est très étendue sur le diocèse, c’est une véritable paroisse à part. Il m’est difficile de pouvoir visiter tous les paroissiens et je ne connais pas encore tous les terrains diocésains.


Un accompagnateur pour le gens du Voyage, pourquoi ?


Pour favoriser le contact et la relation.
De même qu’il y a une aumônerie pour la communauté portugaise, vietnamienne, polonaise, arménienne, italienne et les communautés africaines, il y a une aumônerie diocésaine pour les gens du voyage. Elle rassemble Catherine Buisson, une accompagnatrice qui visite les familles pour préparer les baptême ou autres sacrements, une quinzaine de voyageurs ainsi que le Père Cristinel Lucian Andreï, un prêtre roumain lazariste. Il célèbre l’Eucharistie et donne le sacrement de la réconciliation et celui des malades. Nous nous réunissons environ tous les mois et demi dans une salle de la maison diocésaine.


Quelle est l’importance de la famille pour les gens du voyage ?


Les liens familiaux ont une très grande importance notamment pour s’occuper des enfants et des personnes âgées. Lors des célébrations religieuses (principalement : baptême, communion, confirmation, funérailles), la famille et les amis viennent de toute la France. Un baptême peut rassembler 150 personnes. L’église de saint Rambert est souvent bien pleine pour des funérailles.
Les Voyageurs vont rarement à la mairie pour se marier. Ils se marient à la « mode voyageur », par entente mutuelle. De temps en temps nous célébrons un mariage religieux.
La prison fait aussi partie de leur vie. Ils me racontent, mais je ne pose jamais de question. Une petite anecdote : après une confirmation, le Père Lebrun, en visite sur un terrain, s’étonne de ne pas voir beaucoup d’hommes venus partager le café de l’amitié. « Ils sont partis chanter sous la prison pour que tous participent à la fête ».
Comment expriment-ils leur foi
La plupart des voyageurs sont catholiques (80%). Mais les évangéliques (20%) prennent de plus en plus d’ampleur dans le monde des gitans. Ils ont une façon particulière d’exprimer leur foi. Ils ont une dévotion particulière pour la Vierge Marie, les saints (curé d’Ars) et les saintes (principalement Sarah : « La Sainte » comme ils l’appellent, mais aussi sainte Rita et bien d’autres). Dans chaque lieu de vie, un coin est occupé par un petit oratoire où l’on trouve bougie, encens, statue, image, chapelet…
Les pèlerinages jouent une grande importance dans la pratique de leur foi et nous aide à approfondir la nôtre. Il leur est très difficile de prendre part à la vie d’une paroisse, à part quelques uns bien sédentarisés.
Leur foi reste simple, vraie et pleine de vie. J’ai en mémoire deux familles entières (avec 4 enfants) qui n’ont pas hésité à quitter Bouthéon, leur lieu habituel de vie, pour aller en mission dans les Alpes afin de parler de leur foi pendant 3 mois et vivre leur propre spiritualité.

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