Interview de Bébé de lure
Nous avons retrouvé Bébé de Lure pendant la session de l’été 2022 à Paray-le-Monial.
Il a chanté Marie de sa voix profonde et prenante au cours d’une messe. Il évoque l’importance de la musique dans ses engagements.
D’où vient votre goût pour la musique et le chant ?
J’ai été bercé très jeune par la musique. Mon père était un musicien, violoniste, guitariste, chanteur. Il accompagnait en musique les films muets dans les cinémas. Toute la famille jouait d’un instrument. Je joue un peu de violon mais surtout de la guitare. On était une équipe avec des cousins Noël, Dodo… À 17ans, on faisait danser dans les bals. Et puis, on a animé les premiers pèlerinages à Paray-le-Monial dans les années 1980 ; on a composé de nombreux chants, des cantiques.

Quelle composition vous vient à l’esprit ?
À Ars, dans les années 80, on a composé la musique et les paroles de ce chant de pèlerinage qu’on peut retrouver sur Facebook à Aumônerie des Gens du voyage
« Les caravanes arrivaient au loin sur la route
« Et Toi tu étais là arrivé avec nous
« Tu es mon Jésus Christ, Toi Tu nous as conduit sur les chemins de la vie
« Nous t’adorons.
« Je te prie Vierge Marie, toi qui nous as donné ce Jésus adoré, que nous aimons…
Qu’est-ce que la musique pour vous ?
La musique ouvre des frontières. C’est une communication. Même si on ne sait pas trop s’exprimer, avec la musique on fait tomber les barrières et c’est en grande partie cela qui nous a incité à continuer. Il y a des gens qui ne savent pas très bien parler et qui s’expriment par le chant. Quand je les écoute chanter j’ai quelquefois les larmes dans les yeux. Il y a les paroles, le timbre de la voix.
On peut chanter parce qu’on sait bien chanter, on peut chanter pour faire plaisir aux gens et on peut chanter avec son cœur. Quand on chante avec son cœur, on fait tout en même temps. Je suis heureux de voir qu’ici il y a des jeunes qui animent.
Le chant accompagne vos engagements ?
Oui, on anime les messes, les enterrements. J’ai une lettre de mission de l’évêque de rassembleur dans l’Église catholique depuis plus de 30 ans. C’est une mission qui va bien avec mon rôle dans l’association régionale Gadjie Bourgogne-Franche-Comté qui s’occupe de l’alphabétisation, des terrains de passage, des terrains familiaux…
On travaille beaucoup sur les terrains familiaux au niveau départemental. Et ça bouge sur Dole, Lure, Vesoul, Luxeuil… Il y en a aussi à côté de Strasbourg et de Montbéliard. Ces terrains permettent aux gens du voyage de le rester. Les grands terrains désignés ne sont pas idéals parce que cela fabriquent des ghettos. Les gens se sédentarisent et perdent leur mode de vie, leur culture et leur savoir faire transmis par les anciens. Ils ne savent plus qui ils sont.
Les pèlerinages tiennent une grande place dans votre vie ?
Oui, on fait beaucoup de pèlerinages. Cela nous permet de bouger, de faire notre travail et de voir du pays, d’autres personnes. Maintenant beaucoup de jeunes font de nouveaux travaux, le nettoyage de façade et de toit. Moi je rempaillais les chaises et les vieux fauteuils.
Cette année, on a fait le premier pèlerinage à Dole, au Mont-Roland, avec des cousins de chez nous. Cela fait une quarantaine d’années qu’on fait ce pèlerinage tous les ans. Il y a eu des communions, des confirmations, des baptêmes. Puis à Thierenbach, en Alsace, on a aussi vécu là quelque chose de formidable. Après, à Grünenwald, on a beaucoup partagé avec des sédentaires. Ensuite, on est allé à Strasbourg puis à Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp. On a l’habitude de venir là parce que nos anciens sont venus il y a plus de 100 ans avec des caravanes à chevaux. Maintenant c’est nous les responsables de ce pèlerinage. Et puis on est allé aux Saintes-Maries-de-la-Mer…
D’autres années on est allé plus loin. Pendant le pèlerinage à Rome en 1992 on a eu la chance de rencontrer Jean-Paul II. Le 4 mai 97 on était encore à Rome pour la béatification du 1er gitan, Ceferino Gimenez Malla. On est retourné pour le jubilé de l’an 2000 et puis en 2015. C’était formidable car il y avait des gitans du monde entier, brésiliens, mexicains, américains, anglais… On parlait pratiquement la même langue avec des accents très différents, mais on se comprenait !
Pour vous, quel a été l’impact du covid ?
Cette maladie a fait du tord mais aussi du bien en permettant aux gens de s’attacher au côté humain, au besoin de dialogue et de partage, à la nécessité de regarder plus l’autre et autour de soi. Et de voir que des gens plus pauvres que soi sont venus nous aider.
Marie-Cantalis
