À Dieu, rachaïl Joseph VALET

Notre grand ami, presque notre Papou, le père Joseph Valet nous a quittés pour aller rejoindre le Père, le 7 avril au soir, vendredi saint 2023. 

Retcha et moi l’avons connu tout au début de l’aumônerie du Berry.

Il venait nous rencontrer avec le rachail Yoshka, pour nous aider à former une équipe de voyageurs et gadjé au service des plus pauvres. C’était vers la fin des années 60.

Yoshka et Joseph Valet étaient les seuls prêtres que nous entendions pour la première fois s’adresser aux Voyageurs en romanès ( manouche)

En effet, le père Valet avait été nommé aumônier des Gitans et nomades, prêtre du Prado, sa mission pastorale auprès des familles l’avait conduit à passer une partie de sa vie auprès d’eux. Il disait : ’’Si on me nomme auprès d’eux, c’est pas pour les rabaisser, c’est pour les connaître d’avantage et pour leur montrer leur dignité.’’

J’ai accepté de faire les vendanges d’abord, puis tout doucement j’ai accepté de voyager avec eux. Je n’avais rien, donc j’étais obligé de coucher dans les roulottes. On a couché jusqu’à 18 dans une roulotte, pour vous dire… donc je les ai connus de l’intérieur. J’ai connu en même temps leur grande foi, leurs valeurs.

Et une des valeurs, c’était la richesse de leur culture.

Tous les soirs nous avions droit à des contes, la musique, les chants « 

Et c’est ainsi qu’il avait appris la langue manouche et qu’il a pu retranscrire les contes entendus le soir dans les veillées , écrire un vocabulaire des manouches d’Auvergne ( à l’usage exclusivement réservé aux voyageurs…. c’était important pour lui)

Lorsqu’il arrivait à Lourdes avec son Tube Citroën, c’était des brassées d’enfants, de parents, de poules, de chiens qui sortaient par toutes les ouvertures du petit camion.

Et tout ce monde-là suivait fidèlement le rachail du matin au soir pour chaque cérémonie pendant tout le pèlerinage…

À Orcival, pour l’Ascension, il organisait un beau pèlerinage qui perdure d’ailleurs, où baptêmes et communions étaient célébrées dans la crypte (l’église était réservée aux gadjé…)

Et bien sûr, toute l’année, il consacrait son temps à faire le catéchisme, recevoir les gens dans le sous-sol où il logeait près d’une église à Clermont-Ferrand, et bien sûr il était de tous les combats quand il s’agissait de faire progresser le droit des Voyageurs, faire disparaitre le carnet anthropométrique etc., tout faire pour que leurs conditions de vie soient améliorées, pour que le enfants soient admis à l’école et y aient une vraie place.

À la fin de sa vie, chez les petites sœurs des pauvres de Clermont, il continuait à lire, Jean-Paul ll, Benoît XVl, d’un œil seulement, l’autre était aveugle, parlait difficilement, mais n’avait pas perdu une once de sa foi en Jésus qu’il avait tant hâte de retrouver !

Pardonnez-nous, notre bon Rachail Joseph, de réduire en si peu de mots une si belle vie et un si grand amour pour Jésus, Marie, et pour nous tous !

Au ciel maintenant, nous sommes sûrs que vous intercèderez pour nous qui vous aimions tant .a

À Dieu rachail, à bientôt !!!

Pour ceux qui veulent en savoir plus, il a beaucoup écrit dans Études Tsiganes, dans les anciens Monde Gitan.

Il a fait des recherches approfondies sur la comparaison de la langue romanès avec l’hindoustani le sanscrit, les langues encore parlées en Inde actuellement, ensuite le perse, etc… pour expliquer la pérégrination des tsiganes en mille ans, l’ajout de mots allemand plus tardif chez les manouches.

Ses travaux ont été reconnus par les plus grands linguistes qui s’intéressent aux Tsiganes et il semble qu’une grande place sera réservée à ses œuvres au musée du Mucem à Marseille dès cette année.

D’autres que nous sauront mieux approfondir ce sujet.

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